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15/08/2022 06:01
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(Le Calame) Interview du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi  

Un an juste avant sa prise de fonctions, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, dans une conversation avec Ould Kaïge, parle de Moktar Ould Daddah, de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, de sa candidature à la présidentielle et du pays.

’"Nous nous sommes trompés sur la réalité de ce problème du Sahara, dont on n’a pas pris très correctement la mesure’’

Un an avant son accession à la magistrature suprême, Sidi Ould Cheikh Abdallahi recevait Bertrand Fessard de Foucault (alias Ould Kaïge) qu’il connaissait depuis le régime de feu Moktar Ould Daddah. Sidi accepte de répondre à toutes les questions de son ami. Il parle de ses relations avec Mokhtar, de la guerre du Sahara, des Kadihines, des grandes décisions économiques, du coup d’Etat de 1978, de l’AMD, de Maaouya Ould Taya, du problème négro-mauritanien, du 03 août 2005 et de sa candidature. Dans cette première partie, Sidi revient sur la personnalité du président Moktar, le problème du Sahara et la nationalisation de la Miferma

Ould Kaïge : Comment expliquez-vous qu’en si peu de temps, la Mauritanie soit passée d’un tel succès du régime de Moktar Ould Daddah et du Parti du peuple au coup militaire, les renversant ?

Sidi Ould Cheikh Abdallahi : Je suis très heureux de vous recevoir. Ce que je vais vous dire, c’est ce que j’ai senti à l’époque.Ces sept ans que j’ai passés au gouvernement avec Moktar Ould Daddah, m’ont amené en fin de compte à considérer que c’était un homme exceptionnel.

Je ne fais donc pas partie de ceux qui sont enclins à rechercher, à dépister ses erreurs parce que la manière dont je l’ai connu est telle que j’ai la conviction qu’à chaque fois, ses décisions ont été prises sans autre considération que l’intérêt national du pays. La seule chose qui peut être dite ou qui peut présenter un certain intérêt, c’est de se poser la question de savoir pourquoi, en un moment donné, si on estime aujourd’hui qu’il y a pu y avoir une erreur, pourquoi cette erreur a été commise. Est-ce qu’elle est due à un manque d’information ? Est-ce qu’elle est due à un environnement ? Mais en tout cas, cela n’atteint pas l’homme, et cela n’atteint pas la constance de sa volonté de faire le maximum qu’il pouvait faire pour ce pays, qu’il aimait d’une manière exceptionnelle. Parce qu’il l’aimait de façon presque indifférenciée. Il ne se sentait pas d’une région, il ne se sentait même pas – si je puis m’exprimer ainsi – d’une ethnie. Il ne se sentait pas d’un village, il avait cette Mauritanie indifférente, qu’il aimait, comme çà.

Alors, c’est le Sahara ?
Nous étions tous convaincus dès le départ – bien sûr, les plus âgés avant les autres – que le Sahara était mauritanien. Que c’était les mêmes populations, et par conséquent nous n’avons jamais pensé qu’il s’agissait d’un problème de différence de société, qu’il ne pouvait s’agir que d’un problème de colonialisme, d’administration, de situations particulières. Bien que je n’ai jamais eu à l’idée, à ce moment-là, ni par la suite, que l’on puisse faire quelque chose de bon en voulant imposer aux gens ce qu’ils ne veulent pas – je n’ai jamais pensé, jusqu’au coup d’Etat, que ce problème se posait. Je pensais qu’il y avait des populations mauritaniennes – un peu comme toutes ces populations sahraouies qui étaient plus ou moins au courant des choses, et qu’un certain nombre de gens, plus politiques, qui étaient soit des Sahraouis, soit d’autres comme les Algériens, pouvaient tenter d’utiliser à des fins d’ordre politique. Je n’ai pas vécu toute cette période comme une période dans laquelle nous voulions imposer à des gens notre volonté de les amener à être avec nous. Et je me suis rendu compte – je vous le dis très franchement – .après le coup d’Etat, que, pendant toute cette période, et malgré le fait que j’étais responsable, je n’étais pas bien informé. Beaucoup de gens ont commencé à parler : non, ce n’était pas comme çà ! Il ne fallait pas faire comme çà, ce n’était pas une bonne politique. Je ne pouvais pas me douter du fait que nous avions une opinion assez large qui pensait comme çà.

Nous nous sommes trompés sur la réalité de ce problème, tel qu’il était vécu par les gens dans les années 1970. Cette évolution qui s’est faite, le Polisario avec tout cela, je pense que nous n’en avons pas pris très correctement la mesure. Nous avons toujours vu là des complications que les Algériens voulaient nous faire. Et il nous a manqué peut-être une réflexion sereine, et peut-être le fait de chercher réellement à savoir de quoi il s’agissait. Les conséquences de cet état de choses ont été d’autant plus graves et importantes que l’on était très loin d’imaginer qu’elles puissent exister, lorsque nous nous sommes engagés dans ce problème. Vous êtes désarçonné plus facilement lorsque vous avez des choses que vous ne voyez pas et qui apparaissent. Ce que le président Moktar nous avait communiqué, c’est la force de sa conviction, de son bon droit, c’est la force de sa conviction que c’est çà qui était l’intérêt des Sahraouis de rejoindre la Mauritanie. Et lorsque ces problèmes se sont posés, d’intérêts des nations, de rapports de forces, de rapports conflictuels, nous nous sommes trouvés dans une situation très simple : c’est que nous étions un pays très faible par rapport à des voisins qui étaient beaucoup plus forts. Devant un univers international qui ne pouvait pas accéder profondément à ce que nous, nous pensions de ce problème et comment nous le sentions. Même nos amis français, malgré les relations particulières qu’ils avaient avec nous, à la fin ne voyaient pas très bien où nous allions et ils souhaitaient trouver une solution. Mais il n’y avait pas suffisamment de quoi peser pour considérer que le fait que le Sahara ne soit pas rattaché à la Mauritanie, constituerait une erreur historique.

A ce stade, Sidi, je vous coupe. Il y a deux questions qui me viennent à l’esprit. Est-ce qu’il y a eu des discussions en Bureau politique et en Comité permanent avant même le sommet de Rabat et la déclaration de Boumedienne, et puis ensuite avant les accords de Madrid et la conduite de la guerre ? Est-ce que la collégialité fonctionnait bien ? Et est-ce qu’elle a continué de fonctionner jusqu’en 1978 ?
Je ne me souviens pas, personnellement, de grandes discussions sur la question du Sahara portant sur le fait de savoir quelle est la position que la Mauritanie devait avoir par rapport à cette question. Toute notre politique à l’époque était de tenter de faire en sorte de nous opposer à tout ce qui pouvait brouiller un peu l’idée que nous, nous avions, que le Sahara était partie intégrante de la Mauritanie, que c’était un problème de décolonisation. Notre ennemi de l’époque était le Maroc parce qu’il revendiquait le Sahara, et nos relations avec l’Algérie pouvaient être des relations stratégiquement à notre profit, même si formellement l’Algérie disait qu’elle s’engageait pour le droit des peuples, pour la décolonisation et pour l’indépendance. Nous, nous étions tellement persuadés de notre bon droit et de la conviction que les Sahraouis allaient venir vers nous, que ceci ne paraissait pas porteur de quelque danger que ce soit.

Pour répondre à votre question, je ne me souviens pas qu’on ait posé ou débattu du problème pour savoir : est-ce que la Mauritanie a intérêt à chercher à avoir le Sahara ? Est-ce que la Mauritanie peut concevoir …ou quels sont les avantages et les inconvénients qu’elle pourrait tirer du fait d’avoir telle ou telle position … La conviction du Président était suffisamment forte, claire, ancienne pour que la remise en cause de cette conviction ancienne ne fasse pas débat.

Et le fait d’être passé d’une position de soutien de l’autodétermination à un partage n’a pas paru contradictoire ?
Cela m’est apparu comme une sorte d’aubaine. Voilà quelque chose qui va stabiliser et officialiser définitivement notre problème de frontière avec le Maroc et de revendication marocaine. Il nous est apparu que l’auto-détermination prônée par l’Algérie allait dans le sens de ce que nous voulions : les Sahraouis allaient dire qu’ils vont venir avec nous, et les Algériens, étant pour l’autodétermination, allaient dire : nous respectons ce que les Sahraouis veulent.

Si nous avons accepté la solution du partage, c’est parce que nous nous sommes trouvés devant un gouvernement algérien décidé à nous empêcher d’avoir le Sahara avec nous. L’Algérie était beaucoup plus forte que nous, et les réactions que nous recevions de l’opinion nationale et internationale étaient telles que nous ne pouvions pas compter sur d’autres pour obliger les Algériens à accepter que nous puissions avoir notre Sahara. Et le Maroc l’a demandé en entier. La seule solution pratique possible qui s’offrait à nous, c’était encore d’aller vers ce partage.

Rétrospectivement, je pense encore aujourd’hui que de toute façon, il n’y avait pas d’autre solution. Ou bien le Maroc prenait tout, ou bien vous en preniez une partie, mais il n’y avait pas une troisième solution.

Oui, la troisième solution était rendue impossible avec la nouvelle position de l’Algérie. Avant 1975, il y avait d’autres positions qui nous arrangeaient, parce que tout ce qui était mis par l’Algérie sous le vocable de respect de l’autodétermination des peuples, ne se contredisait pas dans notre esprit à nous, avec ce que nous voulions. Brusquement, tout cela s’est fait en quelques mois : avec quelques rencontres, avec quelques déclarations faites au niveau de l’O.U.A. ou ailleurs et surtout avec le voyage du Président à Béchar, il est apparu que c’était terminé, que cette voie était totalement fermée. La seule voie qui restait était la voie du Maroc qui réclamait tout et qui acceptait maintenant que nous partagions ce Sahara. Il a été l’élément le plus lourd, le plus fort dans tout ce que nous avons fait par la suite.

Les grandes décisions
A partir de 1971, nous avons commencé à parler des problèmes économiques, du développement du pays. Telles que nous percevions les choses à ce moment, telles que moi, je les percevais – et j’ai été très heureux de constater que c’était exactement le point de vue du Chef de l’Etat – nous voulions prendre une plus grande responsabilité dans notre développement. Maintenant, beaucoup de Mauritaniens l’ont oublié : à l’époque il n’y avait pas de secteur privé. Il n’y avait rien, c’est-à-dire que il fallait soit rester à attendre comme çà les investisseurs étrangers, que la Mauritanie n’attirait pas. Même – paradoxalement – le secteur de la pêche n’attirait pratiquement personne. C’était très frustrant pour le responsable qui voulait faire quelque chose pour son pays et de constater qu’il ne peut rien faire. On était dans un environnement qui ne nous envoyait pas des signaux pour nous dire que le secteur privé, c’était meilleur… que la privatisation de l’économie, c’était meilleur… ce n’était pas à l’ordre du jour. Alors, nous sommes donc allés vers le fait de vouloir tenter d’abord – nous avons pensé au problème de la monnaie, nous avons pensé au problème de la révision de nos accords avec la France. C’était quelque chose que nous voulions faire de façon absolument non conflictuelle. Si nous pouvions arriver à convaincre nos partenaires comme on doit accepter que son fils passe de l’adolescence à la majorité, nous voulions vraiment vider çà de toute agressivité, de toute révolte, de toute condamnation de ce qu’il y avait avant.

On a essayé de gérer çà comme cela, et je pense que le Président a fait preuve de deux choses que je trouve extraordinaires. D’abord d’une détermination réelle, mais en même temps d’un réalisme et d’une sagesse dans la gestion. Les gens ne se rendent pas compte que cette entreprise qui a été nationalisée, n’a pas arrêté sa production un seul jour. Elle n’a pas annulé un seul contrat commercial, elle n’a pas été prise en défaut pour une livraison de minerai qu’elle devait faire à l’extérieur. Simplement, parce que très vite nous avons compris qu’il y avait des propriétaires de capitaux, qui possédaient Miferma et qu’il y avait des travailleurs, des employeurs, des cadres, et que le problème devait consister à faire disparaître cette solidarité première qui pouvait jouer entre ces deux mondes qui étaient très différents, en les laissant à leur poste pendant un certain temps. Tous les compatriotes que j’ai vus : moi je voudrais être nommé ceci, moi je voudrais être cela, on n’a absolument rien fait. On a laissé M. Guittard à la voie ferrée, on a laissé M. Hervouët là où il était. Et on a voulu simplement faire de sorte qu’on en termine avec les actionnaires de la société et qu’on reste avec nos gens sur place, chez nous, qu’on mettrait en confiance.

Quelle a été la gestation ? Des dialogues entre vous et le Président, et puis c’est passé en Comité permanent et en B.P.N. ou cela a été tout de suite très collégial ?
Non, cela n’a pas été du tout collégial. Tout à fait au départ, avec Ismaël Ould Amar, directeur des Mines. Il est venu me voir et, dans notre recherche, la volonté d’être acteur dans tout çà… nous nous sommes dits : on va essayer de créer une entreprise, une société minière, à laquelle on va donner la gestion des 5% qu’on avait à la Miferma et ce qu’on avait à la Somima. Elle a été la structure d’accueil. Ismaïl m’a fait une note – que j’ai d’ailleurs encore, une note manuscrite – dans laquelle il proposait que l’on prenne un certain nombre de mesures qui permettent en 1975 d’arriver à la nationalisation de la Miferma… en 1975. Et j’ai donné cette note au Président.

Donc, a priori, vous n’aviez pas d’instruction du Président ?
Il y avait une instruction générale dans laquelle nous travaillions… qui était de devenir acteur, qui était de plus en plus de prendre en mains. Je ne me souviens pas qu’elle ait été écrite. On en a parlé. Ismaïl proposait 1975 comme date de nationalisation. Le Président était en Tunisie, ce devait être les vacances de 1974. Et il m’a fait venir en Tunisie Et il m’a dit : cette nationalisation, je voudrais qu’on la fasse cette année, au mois de Novembre, il faut commencer à réfléchir à cela… Il comptait beaucoup sur nos amis algériens. Nos relations étaient très bonnes, il comptait sur nos amis algériens comme des gens qui sont capables, de nous aider et de garder le secret. Et de pouvoir nous aider à le garder en faisant faire des choses que, si nous nous les faisions, nous allions nous faire découvrir… si nous cherchions à recruter des cadres de remplacement.

La préparation que nous avons faite de cette affaire était très simple. Nous sommes partis de ce que je vous ai dit tout à l’heure – qui était le point fort, c’est-à-dire que nous chercherions à maintenir, sur place avec nous, l’ensemble du personnel expatrié, mais à toute éventualité, Ismaïl m’a établi une liste d’à peu près 130 cadres supérieurs… qu’il serait nécessaire d’avoir. En cas de besoin, si les gens partaient. Nous avons parlé avec les Algériens : nous souhaiterions à un moment donné que vous puissiez nous trouver ces cadres-là. Trois ou quatre jours après la nationalisation, le gouverneur de Nouadhibou qui était Hasni Ould Didi, m’appelle – tard dans la nuit. A ce moment-là, les communications étaient particulièrement réduites, et il m’a appelé par le réseau de l’ASECNA : je viens de recevoir des cadres algériens… des ingénieurs qui sont là… ils disent qu’ils viennent pour pouvoir aider.


… Alors que vous ne les aviez pas demandés ? Formellement.
Non ! On ne les avait pas demandés. Envoie-les-moi à Nouakchott. Ils ont passé la nuit à Nouadhibou et le lendemain, par l’avion, ils sont venus. Je les ai reçus… Je sais que vous êtes très occupé chez vous, maintenant c’est un sacrifice que vous faites. Pour le moment, çà marche. Lorsque nous aurons besoin de vous, on vous appellera. L’ambassadeur a très mal pris çà, et j’ai été convoqué immédiatement par le Président. Le Président était un homme extraordinaire…

… Donc, vous vous êtes fait savonner.
Non, pas du tout ! J’ai reçu nos frères : ils sont très bien. Et vraiment, nous sommes très touchés par ce qu’ils ont fait. Et tout cela, et ceci nous réconforte, nous rassure. L’ambassadeur a insisté : ils sont là. Ils peuvent être vos conseillers. Je n’ai pas voulu, nous avions fait une expérience qui était de sécuriser, de donner à tous les travailleurs qui étaient là-bas, le sentiment que rien n’avait changé pour eux.


… Et le Président vous a suivi !
Bien sûr, et par la suite je me suis toujours posé la question de savoir ce que tout cela serait devenu si, à ce moment-là, on n’avait pas pris la bonne décision.Pour ce qui est des aspects économiques, le Président avait pris ses décisions, cette grande orientation, et il nous a mis à l’aise pour pouvoir nous préparer. Même sur ce plan-là, avec le temps, on a eu des problèmes. On a eu un directeur général qui était à la fois un homme remarquable, sur le plan de ses qualités de gestionnaire, sa compétence, de son intégrité – ce qui était rare – mais qui était un homme impossible, sur le plan du caractère. Et il s’entendait peut-être mieux… il avait peut-être un esprit – et cela a été notre chance – qui faisait qu’il pouvait s’entendre mieux avec les Européens qu’avec les Mauritaniens. Les compatriotes disaient : ce type-là, il est orgueilleux, ceci, il ne veut parler avec personne, il ne veut pas faire cela… Ismaïl a compris… et le Président a compris que nous devions conserver à l’entreprise sa culture… et par conséquent, nous devions – comme disent les nomades – avoir un très bon paravent contre tous les vents qui viennent de la société mauritanienne, qui portent comme noms le tribalisme, l’interventionnisme. Et si jamais ces vents-là s’engouffraient à l’intérieur de l’entreprise, c’était terminé. C’était bon à dire, beau à faire, mais c’était difficile à vivre, parce que cela entrainait toutes les inimitiés. Lorsque les gens – sur la voie ferrée – demandaient plus d’eau, plus de soins, eux ils considéraient que l’entreprise était une entreprise étrangère, devenue maintenant nationale, et qu’il n’y a pas de raison… lorsque le gouverneur lui-même dit : moi, ce monsieur-là, je suis son patron. Pourquoi diable lorsque je lui demande de faire telle chose pour recevoir telle délégation, de m’envoyer tant de camions, de l’envoyer tant de voitures, pourquoi ne le fait-il pas ? Lorsque le ministre de la Santé, ici, voulait parler des problèmes de la santé avec Ismaïl Ould Amar c’étaient des objets de friction. Lorsqu’il y avait le ministre du Travail, c’étaient… alors, si nous avons pu maintenir cela, c’est qu’il m’était apparu très clairement que le véritable intérêt était de soutenir totalement Ismaïl. Et le Président m’a soutenu entièrement tant que je le soutenais. Et, vers la fin, on n’était que les trois. Ismaïl était vu comme un monsieur qui avait son avion… c’était l’Etat dans l’Etat…


… Et finalement, Ismaïl Ould Amar, si l’on fait un excursus, d’une part il est pour le putsch, et, un an après, il fait un parti d’opposition.
S’il y a un Ismaïl que j’ignore totalement et que je n’arrive pas à comprendre jusqu’à présent – c’est l’Ismaïl politique. Il ne m’en a jamais parlé à cette époque. Il avait de grandes inimitiés avec l’ « establishment » d’une manière générale. J’ai été très surpris que, après le putsch, il soit allé avec les militaires… Par la suite, je l’ai suivi, de loin, et je n’ai pas la même estime et la même admiration pour l’ingénieur que pour l’homme politique. C’est très différent !

Autre question… de fond. Est-ce que, en nationalisant Miferma – et manifestement, la monnaie, c’était pour pouvoir préparer Miferma, en grande partie – et les accords avec la France, c’était lié à la monnaie. Tout cela se tenait, c’est la même séquence logique. La nationalisation n’a-t-elle pas fait fuir les tentatives d’investissement étranger et notamment dans le pétrole, qui aurait pu apparaître dès cette époque ?
Je me suis posé la question. Je sais que pendant les années 1970 – il y avait un certain nombre de sociétés pétrolières qui étaient là. Elles faisaient des recherches, je sais même qu’il y en avait une qui avait fait des recherches très avancées en off shore ici, et effectivement, vers la fin, tout cela s’est beaucoup réduit. Mais j’ai toujours pensé que c’était à cause de la guerre du Sahara, je ne l’ai jamais lié au problème de la monnaie. Nous avons négocié très, très correctement, très convenablement, l’indemnisation de la Miferma. En aucun moment donné, il n’est arrivé ni à l’esprit du président Moktar, ni à l’esprit des exécutants, quels qu’ils soient et à quelque niveau que ce soit, de vouloir spolier quelqu’un de quelque chose. C’est une idée qui ne nous est pas venue à l’esprit. Il est peut-être possible que tel privé ait dit : ah ! Bonne occasion pour acheter à ce monsieur son entreprise. Mais il n’y a jamais eu de politique, il n’y a jamais eu d’orientation pour cela. (A suivre)

Propos recueillis par Bertrand Fessard de Foucault (Ould Kaïge)


Notes :

‘’ Lors de la prise des grandes décisions économiques, le Président a fait preuve de deux choses que je trouve extraordinaires. D’abord d’une détermination réelle, mais en même temps d’un réalisme et d’une sagesse dans la gestion’’

‘’ Ismaïl Ould Amar, le directeur des Mines m’a fait une note dans laquelle il proposait que l’on prenne un certain nombre de mesures qui permettent en 1975 d’arriver à la nationalisation de la Miferma… en 1975’’

‘’Mokhtar ne se sentait pas d’une région, il ne se sentait même pas d’une ethnie. Il ne se sentait pas d’un village, il avait cette Mauritanie indifférente, qu’il aimait, comme çà’’

‘’J’ai été très surpris que, après le putsch, Ismaël Ould Amar soit allé avec les militaires… Par la suite, je l’ai suivi, de loin, et je n’ai pas la même estime et la même admiration pour l’ingénieur que pour l’homme politique. C’est très différent !’’

 
Source: mauritanie-web.com  

 
   

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